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Atlantique celtique
N 54°00′ · W 6°00′Diliff · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Irlande · Écosse · Bretagne · Galles · Cornouailles · Man

Atlantique celtique

Des îles battues par l'Atlantique : le tartan, la maille d'Aran et la laine brute, portés là où le vent ne laisse rien au hasard.

Atlantique celtique · Europe

Motifs

  • Tartan (sett des clans)
  • Entrelacs celtiques
  • Torsades d'Aran

Techniques

  • Tissage sergé croisé
  • Tricot torsadé
  • Laine épaisse foulée

Des îles où le vent décide

L'arc part de l'Irlande, monte vers les Hébrides et l'Écosse, saute la mer d'Irlande jusqu'à l'île de Man, puis redescend sur le pays de Galles et la Bretagne. Si on appelle ces terres « celtiques », c'est surtout à cause des langues qu'on y parle encore : le gaélique, le gallois, le breton. Pour le reste, elles se ressemblent moins par le sang que par un voisin commun, l'Atlantique.

Le climat fait le plus gros du travail. Il pleut souvent, le vent ne prévient pas, et une laine mouillée doit tenir chaud quand même. On s'habillait pour rester dehors des heures, pas pour se montrer. D'où des coupes larges, une laine épaisse, et ce goût du solide qui passe avant le joli.

Ce qui ne veut pas dire qu'on ne s'y parait jamais. Les jours de fête, le même monde sortait des costumes couverts de broderies. Mais le fond, c'est une garde-robe qu'on répare, qu'on retourne, qu'on transmet. Cette façon de traiter un vêtement comme un outil qu'on garde, c'est précisément ce qu'on est allé chercher.

Murets de pierres sèches et pâtures des îles d'Aran, sous un ciel d'Atlantique.
Les îles d'Aran, au large de Galway : murets de pierres sèches et pâtures rases, un paysage qui a façonné un vestiaire de laine dense.Osioni · Domaine public · Wikimedia Commons

Le tartan, une carte tissée

Un tartan, c'est d'abord une recette. Une série de bandes colorées, dans un ordre et des largeurs précis, forme ce qu'on appelle le sett. On le répète à l'identique en longueur et en largeur. Quand les fils se croisent, là où deux couleurs se superposent apparaît une troisième teinte, plus sombre, et cette diagonale qu'on reconnaît de loin. Décalez une bande, vous tenez un autre motif, un autre nom.

L'idée que chaque clan possède « son » tartan est plus récente qu'on ne le croit. Après 1746, le costume des Highlands est interdit une trentaine d'années. Quand George IV vient à Édimbourg en 1822, dans une mise en scène signée Walter Scott, on ressort le tartan comme drapeau. Les fabricants en profitent pour coller un motif sur chaque nom de famille.

Le geste de départ n'a pourtant rien de mondain. On teignait la laine avec ce qui poussait là, bruyère, garance ou lichen. On comptait les fils, on répétait l'ordre. Porter un tartan, c'était porter le travail d'un endroit autant qu'un blason.

Tartan du clan Gordon : sett vert, bleu et noir traversé d'une fine bande jaune.
Le sett du clan Gordon : une séquence de couleurs et de largeurs répétée à l'identique dans les deux sens du tissage.SMcCandlish · CC0 · Wikimedia Commons

Aran, la maille qui raconte

Sur les trois îles d'Aran, au large de Galway, tricoter est une affaire d'épaisseur. On y montait des laines lourdes, parfois à peine dégraissées, parce que la lanoline qui reste dans le fil repousse un peu l'eau. Serrées en points denses, elles coupent l'humidité mieux qu'un drap tissé.

Les motifs se lisent comme un bord de mer. Les torsades rappellent les cordages, les losanges les mailles des filets et les petits enclos de pierre, les nids d'abeille le travail de la ruche. Rien n'est là seulement pour faire joli : chaque relief ajoute de la matière, et donc de la chaleur.

Reste la fameuse histoire du point propre à chaque famille, qui aurait servi à reconnaître un noyé. Elle vient surtout d'une pièce de Synge et du commerce touristique ; le tricot d'Aran, tel qu'on le connaît, ne remonte guère avant 1900. La légende a quand même raison sur un point : ici, un pull se lit avant de se porter.

Détail d'un pull d'Aran en laine écrue : point nid-d'abeille et torsades en relief.
Point nid-d'abeille et torsades sur un pull d'Aran écru. Le relief n'est pas qu'un décor : il ajoute de la matière et de la chaleur.Ww2censor · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

La Bretagne et l'art des coiffes

En descendant vers le sud de l'arc, on tombe sur la Bretagne, qui a poussé le costume à un raffinement qu'on trouve peu ailleurs. Chaque « pays », parfois quelques communes à peine, avait le sien : on le reconnaissait à la coupe du gilet, à la broderie, et surtout à la coiffe. Au pays bigouden, celle-ci n'a cessé de monter au fil du XXᵉ siècle, jusqu'à cette haute tour de dentelle qu'on porte bien droite.

Autour de Quimper, la broderie glazig couvrait gilets d'hommes et corsages de volutes orange et bleu sur fond sombre. Ailleurs, c'était le velours, le ruban de satin, la dentelle au point compté. Ce que vous portiez disait votre pays, votre âge, si vous étiez en fête ou en deuil. Tout le monde savait lire ces signes.

Après 1918, ces costumes reculent sans tout à fait disparaître. On les garde, on les ressort, on les collectionne. Ils rappellent qu'à la lisière celtique, la sobriété de tous les jours pouvait, le dimanche, virer à une splendeur réglée au millimètre.

Costume bigouden féminin vers 1890 : tablier tissé, corsage brodé et haute coiffe de dentelle.
Costume bigouden (Bretagne) vers 1890 : tablier rayé, broderies et la haute coiffe de dentelle empesée, signe du pays.Moreau.henri · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Galles, Man et la laine du quotidien

Au pays de Galles, deux pièces tiennent lieu d'emblème : le grand chapeau haut de forme des femmes, fixé au XIXᵉ siècle, et le châle de laine dans lequel on portait aussi bien le froid que l'enfant. La flanelle galloise, tissée dans de petites filatures de vallée, servait pour le travail comme pour le dimanche.

Ailleurs sur ces côtes, c'est la même logique. Une laine du coin, cardée et filée près du troupeau, montée en pièces qui durent. Regardez les losanges des bas de Man, les carreaux discrets des flanelles, les rayures des jupons : la couleur reste économe, tirée de ce que la terre veut bien donner.

C'est un habillement de gens qui travaillent dehors, et sa beauté tient à la justesse plutôt qu'au luxe : la bonne épaisseur, la bonne coupe, la reprise qu'on ne voit pas. Une élégance de nécessité, loin de la mode, et pourtant très actuelle.

Portrait de 1881 : femme galloise coiffée du haut chapeau traditionnel et d'un châle de laine.
« The Welsh Hat » (1881) : le haut chapeau et le châle de laine, emblèmes du costume gallois du quotidien.Charles William Mansel Lewis · Domaine public · Wikimedia Commons

Peu de coutures, beaucoup de laine

Si l'on remonte plus haut, on retrouve une économie de moyens frappante. Le vêtement gaélique médiéval tenait en deux pièces : le léine, longue chemise de lin, et le brat, un grand rectangle de laine qu'on drapait et sous lequel on dormait. Peu de couture, peu de découpe. Un tissu, un corps, et un geste pour l'ajuster.

Ce geste, c'était la broche. La fibule pénannulaire, un anneau ouvert traversé d'une longue épingle, est sans doute l'objet celtique par excellence. Certaines, comme la broche de Tara, en argent doré, filigrane et ambre, comptent parmi les plus belles pièces d'orfèvrerie du haut Moyen Âge en Europe. Un simple fermoir de manteau devenu bijou de prestige.

De cette broche au pull d'Aran, la même idée court : faire beaucoup avec une bonne laine et un geste sûr, et mettre le soin là où il se voit vraiment. On travaille dans le même esprit. Une seule pièce, une bonne matière, et l'envie qu'elle dure.

Broche de Tara vue de près : fibule pénannulaire en argent doré, filigrane, verre et ambre (VIIIᵉ siècle).
La broche de Tara (Irlande, VIIIᵉ s.) : un simple fermoir de manteau devenu chef-d'œuvre d'orfèvrerie celtique.Sailko · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons

Les pièces de la région

Tartan Royal Stewart : grand carreau rouge traversé de vert, bleu, jaune et blanc.
Tartan

Tartan Royal Stewart

Le tartan de la maison royale d'Écosse, sans doute le plus connu au monde. Ce rouge vif, longtemps réservé au souverain, se porte aujourd'hui partout, du kilt à la doublure de manteau.

SMcCandlish · CC0 · Wikimedia Commons
Tartan Black Watch : carreaux bleu nuit et vert foncé sur fond noir.
Tartan

Tartan Black Watch

Un tartan sombre, presque nocturne, né dans les compagnies qui surveillaient les Highlands au XVIIIᵉ siècle. On l'appelle aussi Government sett : c'est le tartan militaire par excellence.

SMcCandlish · CC0 · Wikimedia Commons
Tartan du clan Gordon : vert, bleu et noir avec une fine bande jaune.
Tartan

Tartan du clan Gordon

Vert et bleu barrés d'un fin trait jaune, le sett du clan Gordon. Un bon exemple de ces motifs de famille fixés au XIXᵉ siècle, quand chaque nom a voulu le sien.

SMcCandlish · CC0 · Wikimedia Commons
Tartan Rob Roy MacGregor : grands carreaux rouges et noirs.
Tartan

Tartan Rob Roy MacGregor

Le plus dépouillé des tartans : de simples carreaux rouges et noirs, attachés au hors-la-loi Rob Roy MacGregor. La preuve qu'un motif n'a pas besoin d'être compliqué pour marquer.

SMcCandlish · CC0 · Wikimedia Commons
Sporran écossais : bourse de cuir noir à glands, portée sur un kilt tartan rouge.
Accessoire

Le sporran

Le kilt n'a pas de poches. La bourse de cuir, souvent garnie de fourrure et de glands, s'accroche à la taille pour y remédier. Utile d'abord, décorative ensuite.

Auteur inconnu · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons
Maille d'Aran écrue : point nid-d'abeille et torsades en relief.
Tricot

Le pull d'Aran

La maille écrue des îles irlandaises, montée serrée en torsades et nids d'abeille. Chaque relief a d'abord servi à tenir chaud avant de faire figure d'ornement.

Ww2censor · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Harris Tweed à carreaux : laine tissée main des Hébrides, tons bruyère.
Étoffe

Le Harris Tweed

Le tweed des Hébrides extérieures, encore tissé à la main chez les insulaires. Une loi protège son nom : sans ce tissage local, pas de Harris Tweed.

Callicvol · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Broche de Tara vue de près : filigrane d'argent doré, torsades, verre et ambre.
Accessoire

La broche pénannulaire

Un anneau ouvert et une longue épingle : de quoi fermer un manteau sans un seul bouton. Les plus riches, comme la broche de Tara ci-dessus, sont devenues des bijoux d'orfèvre à part entière, filigrane d'argent doré et cabochons d'ambre.

Sailko · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons
Costume bigouden vers 1890 avec sa haute coiffe de dentelle empesée.
Coiffe

La coiffe bigoudène

En Bretagne, la coiffe disait le pays d'origine. Celle du pays bigouden a grandi jusqu'à devenir une haute tour de dentelle, portée bien droite.

Moreau.henri · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Femme galloise en 1881 coiffée du haut chapeau de feutre sur un bonnet de dentelle.
Coiffe

Le chapeau gallois

Le haut chapeau de feutre noir, fixé comme emblème national au XIXᵉ siècle. Porté sur un bonnet de dentelle, il coiffait les Galloises les jours de marché et de fête.

Charles William Mansel Lewis · Domaine public · Wikimedia Commons