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Balkanique, grec & roumain
N 44°00′ · E 22°00′George E. Koronaios · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Balkans · Grèce · Bulgarie · Serbie · Roumanie · Moldavie

Balkanique, grec & roumain

Des Balkans à la mer Égée : la fustanella grecque, l'ie roumaine brodée, les opinci de cuir et les gilets galonnés, sous cinq siècles d'héritages mêlés.

Balkanique, grec & roumain · Europe

Motifs

  • Broderie de l'ie roumaine
  • Galons et soutaches ottomans
  • Frises géométriques

Techniques

  • Broderie de l'épaule (altiță)
  • Cuir des opinci
  • Gilet galonné

Le carrefour de l'Europe

Il n'y a pas de région d'Europe où plus de mondes se sont croisés que les Balkans. Rome, puis Byzance et son faste chrétien d'Orient, puis cinq siècles d'Empire ottoman, ont déposé chacun leur couche sur le vêtement. On lit toute cette histoire sur un costume de fête.

L'Empire ottoman, surtout, a laissé des traces profondes : les pantalons bouffants, les šalvari, les gilets sans manches couverts de galons et de soutache, les larges ceintures, un temps le fez. On retrouve ces pièces de la Serbie à la Grèce, portées par des chrétiens comme un fond commun, bien après le départ des Turcs.

Résultat, pas de costume balkanique unique, mais une famille de tenues qui se ressemblent par-dessus les frontières et les religions. La même broderie géométrique, les mêmes gilets brodés, courent d'un pays à l'autre comme un air de famille tenace.

Femme bulgare en gilet noir bordé de galons rouges, blancs et or, sur une chemise rouge.
Gilet bulgare bordé de galons et de soutache. Cet ornement de cordon tressé est un des grands héritages ottomans du vestiaire balkanique.Biser Todorov · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

La fustanella et l'evzone

La Grèce a un vêtement d'homme unique en Europe : la fustanella, une jupe de coton blanc à d'innombrables plis, portée avec des bas blancs et des souliers à gros pompons, les tsarouchia. On raconte que ses quatre cents plis rappellent les quatre cents ans d'occupation ottomane. C'est joli à dire, sûrement inventé après coup, mais ça dit bien ce que ce vêtement signifie.

Car la fustanella était l'habit des klephtes, ces montagnards insoumis qui ont mené la guerre d'indépendance grecque. De vêtement de combattants, elle est devenue un symbole national, adopté même par le premier roi de Grèce pour sa cour.

Aujourd'hui, ce sont les evzones, la garde présidentielle, qui la portent devant le tombeau du Soldat inconnu, à Athènes. Chaque pli, chaque pompon a sa règle. Un costume de bergers rebelles monté en garde d'honneur.

Deux evzones de la garde grecque en fustanella : jupe blanche plissée, calot rouge, souliers à pompons.
Les evzones de la garde grecque en fustanella. La jupe plissée, habit des combattants de l'indépendance, est devenue symbole national.George E. Koronaios · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

L'ie roumaine, la blouse brodée

Côté roumain, la pièce reine est l'ie, la blouse de lin ou de coton brodée. Sa signature, c'est l'altiță, un large panneau de broderie qui couvre le haut de la manche et l'épaule, puis se prolonge en rangées jusqu'au poignet. Les motifs, géométriques ou floraux, changent de région en région.

Cette blouse a séduit bien au-delà des villages. La reine Marie de Roumanie la portait ; Matisse en a fait un tableau célèbre, La Blouse roumaine ; et l'UNESCO a inscrit son savoir-faire au patrimoine de l'humanité. Rare destin pour une chemise de paysanne.

Surtout, elle est bien vivante. Les Roumaines la ressortent, la cousent encore, la portent sur un jean, et lui consacrent une journée internationale chaque été. Comme la vyshyvanka voisine, l'ie est passée du coffre de la grand-mère à la garde-robe d'aujourd'hui.

Danseurs roumains : femme en ie brodée de fleurs et tablier fleuri, homme en gilet brodé.
L'ie roumaine, dansée : la blouse brodée à l'épaule, portée avec le tablier et le gilet. Peinte par Matisse, inscrite à l'UNESCO, toujours portée.Ymuge · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Le lin, la laine et la frise

Sous les gilets et les broderies, la structure reste simple et paysanne : une chemise de lin blanc, une jupe ou un tablier de laine, une large ceinture. La laine, écrue ou teinte de sombre, donne le fond ; la broderie et le tissage y jettent la couleur en frises serrées.

Le tablier, surtout, est un morceau de bravoure. Tissé de bandes géométriques éclatantes, il se porte devant, parfois derrière, et concentre le savoir-faire de la maison. En Serbie, en Bulgarie, en Macédoine, on lit une région à son tablier comme ailleurs à sa coiffe.

Par-dessus, l'hiver, vient la peau : le gilet ou le manteau de mouton, porté laine à l'intérieur, souvent brodé sur le cuir. Le même vêtement de berger qu'on croise dans les Carpates et jusque chez les Sami, adapté au froid des montagnes.

Costume traditionnel serbe de Bačka : chemise blanche, tablier brodé, gilet.
Costume serbe de Bačka : chemise de lin blanc, tablier brodé, gilet. Sous les ornements, une structure paysanne simple et commune à tous les Balkans.Auteur inconnu · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Les opinci, chaussés de cuir

Aux pieds, une chaussure court des Carpates à la mer Égée : l'opincă, ou opanak selon le pays. Un simple morceau de cuir cru, plissé et cousu aux dimensions du pied, à la pointe souvent recourbée, tenu par de longues lanières croisées sur la jambe par-dessus des chaussettes de laine.

C'est la chaussure du paysan par excellence, faite à la maison, réparable, sans une couture de trop. On la garnissait de foin ou de laine pour l'hiver. Rien de plus économe, rien de mieux adapté à la boue des chemins et aux pierres de la montagne.

On retrouve là ce qu'on a vu partout dans ce carnet : la bonne réponse, en matière franche, à un problème concret. De l'espadrille basque au sabot hollandais, du kierpce carpathique à l'opincă balkanique, l'Europe pauvre s'est chaussée d'à peu près rien, avec beaucoup d'intelligence.

Opinci : chaussures paysannes de cuir cru à pointe recourbée, à lanières.
Les opinci : un morceau de cuir cru plissé et lacé sur la jambe. La chaussure paysanne des Carpates à la mer Égée, économe et réparable.Bogdan29roman · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Une mosaïque encore dansée

S'il y a une région d'Europe où le costume traditionnel refuse de mourir, ce sont bien les Balkans. Pas tant dans la rue de tous les jours que dans la danse : la horă roumaine, le horo bulgare, le kolo serbe rassemblent encore, aux fêtes et aux mariages, des rondes entières en costume.

Chaque village, chaque diaspora entretient son ensemble, ses costumes, ses pas. On y transmet aux enfants non pas une relique de musée, mais une manière d'être ensemble, chevilles liées dans la même ronde. Le vêtement suit la musique, et la musique ne s'arrête pas.

C'est sur cette image qu'on referme le tour d'Europe : non pas des costumes sous vitrine, mais des gens qui les portent, les cousent et les dansent encore. C'est exactement ce qu'on souhaite à ce qu'on fabrique. Des pièces qui durent parce qu'elles servent, et qu'on a envie de transmettre.

Groupe de musiciens et danseurs roumains en costumes traditionnels.
Musiciens et danseurs roumains en costume. Aux Balkans, le costume survit surtout dans la danse, transmise de génération en génération.Auteur inconnu · CC0 · Wikimedia Commons

Les pièces de la région

Evzones grecs en fustanella plissée.
Vêtement

La fustanella

La jupe de coton blanc à d'innombrables plis des Grecs, portée par les combattants de l'indépendance puis par la garde présidentielle. Un habit de bergers rebelles devenu symbole national.

George E. Koronaios · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Femme en ie roumaine brodée de fleurs.
Broderie

L'ie roumaine

La blouse de lin brodée à l'épaule (l'altiță). Portée par la reine Marie, peinte par Matisse, inscrite à l'UNESCO, et toujours portée aujourd'hui, jusque sur un jean.

Ymuge · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Opinci, chaussures de cuir cru à lanières.
Chaussure

Les opinci

Un morceau de cuir cru plissé et cousu au pied, à pointe recourbée, lacé sur la jambe par-dessus des chaussettes de laine. La chaussure paysanne des Carpates à l'Égée.

Bogdan29roman · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Gilet bulgare bordé de galons rouges et or.
Vêtement

Le gilet galonné

Le gilet sans manches bordé de galons et de soutache tressée, héritage ottoman commun à tous les Balkans. Porté sur la chemise blanche, du Danube à l'Égée.

Biser Todorov · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Costume serbe de Bačka, chemise blanche et tablier brodé.
Costume

Le costume serbe

De la Bačka : chemise de lin blanc, tablier tissé de frises géométriques, gilet. Sous l'ornement, la structure paysanne simple commune à toute la région.

Auteur inconnu · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Groupe de costumes traditionnels bulgares.
Costume

Les costumes bulgares

Chemise blanche, sukman de laine sombre, tablier tissé et couronne de fleurs. Le costume se lit à la région, et se porte encore aux fêtes et aux rondes.

Ivano Giambattista · CC0 · Wikimedia Commons
Musiciens et danseurs roumains en costume traditionnel.
Fête

La ronde dansée

La horă, le horo, le kolo : les rondes des Balkans rassemblent encore, aux mariages et aux fêtes, des villages entiers en costume. Le costume survit par la danse.

Auteur inconnu · CC0 · Wikimedia Commons