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Franco-occitan
N 46°00′ · E 2°00′Antoine Raspal · Finoskov · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

France du Nord, Centre & Sud · Provence · Gascogne · Savoie

Franco-occitan

De la Manche à la Provence : une mosaïque de pays, chacun sa coiffe. Fichus de dentelle, cotonnades imprimées et boutis, gardés vivants surtout du côté d'Arles.

Franco-occitan · Europe

Motifs

  • Fleurs des indiennes
  • Coiffes de dentelle par pays
  • Boutis piqué

Techniques

  • Cotonnade imprimée (indiennes)
  • Dentelle aux fuseaux
  • Boutis de Provence

Pas de costume national, une mosaïque de pays

La France n'a pas de costume national, et c'est presque logique. Trop grande, trop variée, industrialisée et centralisée tôt, elle a laissé la mode de Paris avaler ses habits de pays avant beaucoup d'autres. Dès le milieu du XIXᵉ siècle, le costume régional recule partout, plus vite qu'en Bretagne ou dans les Alpes.

Ce qui restait, c'était une mosaïque : chaque pays, parfois chaque canton, avait sa coupe, ses couleurs et surtout sa coiffe. De la Normandie à la Gascogne, du Berry à la Provence, on ne s'habillait pas pareil à cinquante kilomètres de distance.

Alors plutôt qu'un habit unique, la France a laissé une collection de signes. La coiffe de dentelle, le fichu imprimé, le sabot, la blouse de travail. Des pièces plus qu'un ensemble, mais des pièces qui en disent long.

Planche colorée : costume cauchois de Normandie, femme à haute coiffe de dentelle et homme en habit bleu.
Costume cauchois (Pays de Caux, Normandie) : la haute coiffe de dentelle situait une femme à son pays. Chaque région avait la sienne.Marcilly · Domaine public · Wikimedia Commons

Le Sud imprimé : les indiennes

Si l'on retient une couleur de la France du Sud, c'est celle des indiennes. Ces cotonnades imprimées de fleurs, arrivées d'Inde par le port de Marseille au XVIIᵉ siècle, ont fait un tabac immédiat : légères, lavables, gaies, tout ce que la laine et le lin n'étaient pas.

Elles ont eu tant de succès que le royaume les a interdites pendant plus de soixante-dix ans, pour protéger la laine et la soie. On a continué à les porter en fraude, jusqu'à ce que Marseille et Jouy se mettent à les imprimer elles-mêmes. Les fleurs « de Provence » qu'on croit immémoriales viennent de là.

Fichus, jupons, doublures, courtepointes : l'indienne a coloré tout le Midi. Regardez le corsage rose et la veste bleue à fleurs de la jeune Arlésienne en couverture, c'est déjà de l'indienne, portée avec une élégance de tous les jours.

Toile imprimée à motif floral, cousine des indiennes de Marseille.
Une cotonnade imprimée, cousine des indiennes de Marseille et des toiles de Jouy. Ces fleurs venues d'Inde ont fait la palette du Midi.Velvetbrighton · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons

L'Arlésienne, une élégance codifiée

Il y a une exception à ce recul général, et c'est Arles. Là, le costume féminin ne s'est pas éteint : il s'est fixé. Coiffe de ruban serrée sur un chignon haut, fichu de dentelle croisé sur la poitrine, la fameuse « chapelle », une silhouette droite et fière que tout le monde reconnaît.

Ce n'est pas un hasard. À la fin du XIXᵉ siècle, le poète Frédéric Mistral a mis son prix Nobel dans un musée, le Museon Arlaten, pour sauver ce costume et cette culture. On a codifié les règles, réglé le port de la coiffe selon l'âge, et le costume a traversé le XXᵉ siècle vivant.

Aujourd'hui encore, on élit une reine d'Arles, et des centaines de femmes portent le costume les jours de fête. C'est l'exemple rare d'une tradition qu'on a choisi, en connaissance de cause, de ne pas laisser mourir.

Costume d'Arlésienne présenté sur mannequin : robe claire, grand fichu de dentelle, coiffe.
Un costume d'Arlésienne : robe claire, grand fichu de dentelle croisé. À Arles, le costume n'a pas disparu, il s'est fixé et se transmet encore.Marianne Casamance · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

La dentelle, une industrie de femmes

Derrière ces coiffes et ces fichus, il y a un travail immense et longtemps invisible : la dentelle. Dans le Velay, autour du Puy-en-Velay, des vallées entières de femmes ont vécu, du XVIᵉ au XXᵉ siècle, en jetant des fuseaux sur un carreau, du matin au soir.

C'était un vrai métier, souvent le seul revenu d'argent de la maison paysanne. Les dentellières travaillaient dehors l'été, groupées pour se tenir compagnie, les doigts allant plus vite que l'œil ne suit. Un marchand passait ramasser l'ouvrage et le portait à la ville.

On a tendance à voir la dentelle comme un luxe frivole. Pour ces femmes, c'était du pain, gagné à un travail patient qui abîmait les yeux avant la quarantaine. Le joli, ici, avait un coût qu'on oublie.

Groupe de dentellières en costume, faisant de la dentelle aux fuseaux sur des carreaux, dans un jardin.
Des dentellières aux fuseaux. Dans le Velay et les Cévennes, des vallées entières de femmes vivaient de cet ouvrage patient.Sabine Baring-Gould · Domaine public · Wikimedia Commons

La guipure et le fil compté

La dentelle du Puy a ses points, ses réseaux, ses noms. La guipure, plus dense et plus graphique, s'est vendue dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique. Chaque bassin avait sa spécialité, comme chaque vignoble son cépage.

Ce qui frappe, c'est la logique du peu de matière et du beaucoup de temps. Un fil, un carreau piqué d'épingles, des fuseaux de bois, et des heures. À partir de presque rien, on tirait une chose légère et précieuse. L'exact inverse d'un vêtement de masse.

Cette économie du geste patient, on la retrouve partout dans ce carnet, du tricot d'Aran à la broderie sami. La France du fil en est une des grandes pages.

Guipure du Puy du début du XIXᵉ siècle : dentelle graphique à motifs.
Guipure du Puy, début du XIXᵉ siècle. Un fil, un carreau et des heures : beaucoup de temps pour très peu de matière.Domaine public · Wikimedia Commons

Le boutis et l'élégance de terroir

Descendons une dernière fois vers la Provence, pour le boutis. Deux épaisseurs de toile blanche, un dessin tracé, et un cordon glissé entre les deux couches pour faire saillir le motif en relief. Tout en blanc sur blanc, sans une couleur, juste le jeu de l'ombre sur le piqué.

On en faisait des couvre-lits, des jupons, des pièces de trousseau qu'une mère commençait à la naissance d'une fille. Un travail de patience, encore, où le luxe tient dans le relief d'un fil plutôt que dans l'or ou la soie.

Voilà peut-être le fil de toute cette France cousue : pas de costume unique, mais partout la même idée. Faire beau avec peu, mettre le temps où il se voit, et transmettre des pièces qu'on garde. Une élégance de terroir, discrète et tenace.

Boutis de Provence : piqué blanc sur blanc, motif en relief obtenu par un cordon glissé entre deux toiles.
Le boutis provençal : blanc sur blanc, le motif surgit en relief d'un cordon glissé entre deux toiles. Le luxe dans l'ombre d'un fil.Marie Véronique Soulier · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Les pièces de la région

Portrait d'une jeune Arlésienne en coiffe de gaze et veste en indienne fleurie.
Costume

La jeune Arlésienne

Portrait du XVIIIᵉ siècle : coiffe de gaze, fichu de dentelle, corsage et veste en indiennes fleuries. L'élégance de tous les jours du Sud imprimé.

Antoine Raspal · Finoskov · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Costume cauchois de Normandie, femme à haute coiffe de dentelle.
Coiffe

La coiffe cauchoise

La haute coiffe de dentelle du Pays de Caux, en Normandie. Comme partout en France, la forme du bonnet situait une femme à son pays au premier regard.

Marcilly · Domaine public · Wikimedia Commons
Cotonnade imprimée à fleurs, cousine des indiennes.
Étoffe

Les indiennes

Les cotonnades imprimées de fleurs, venues d'Inde par Marseille puis imprimées en France. Un temps interdites, elles ont fini par colorer tout le Midi.

Velvetbrighton · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons
Costume d'Arlésienne sur mannequin, grand fichu de dentelle.
Costume

Le costume d'Arles

Coiffe de ruban, chignon haut, fichu de dentelle croisé sur la poitrine. Fixé et sauvé à la fin du XIXᵉ siècle, il se porte encore aux fêtes d'Arles.

Marianne Casamance · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Groupe de dentellières faisant de la dentelle aux fuseaux.
Métier

Les dentellières

Dans le Velay et les Cévennes, des vallées entières de femmes vivaient de la dentelle aux fuseaux, souvent le seul revenu d'argent de la maison.

Sabine Baring-Gould · Domaine public · Wikimedia Commons
Guipure du Puy, dentelle du début du XIXᵉ siècle.
Dentelle

La guipure du Puy

La dentelle graphique du Puy-en-Velay, vendue dans toute l'Europe. Beaucoup de temps pour très peu de matière : un fil, un carreau, des heures.

Domaine public · Wikimedia Commons
Boutis de Provence, piqué blanc en relief.
Technique

Le boutis

Le piqué provençal blanc sur blanc : un cordon glissé entre deux toiles fait saillir le motif en relief. Le luxe dans l'ombre d'un fil, sans une couleur.

Marie Véronique Soulier · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons