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Germanique
N 51°00′ · E 9°00′Wilhelm Hasemann · Domaine public · Wikimedia Commons

Allemagne · Pays-Bas · Belgique · Luxembourg

Germanique

La plaine du Nord et ses coiffes amidonnées, ses sabots et son or discret sous la dentelle. Un vêtement net et sobre, avec quelques éclats gardés en Forêt-Noire et chez les Sorabes.

Germanique · Europe

Motifs

  • Coiffe blanche amidonnée
  • Pompons du Bollenhut
  • Or et corail de Zélande

Techniques

  • Dentelle empesée
  • Sabot taillé (klompen)
  • Broderie de Trachten

Le Nord net et sobre

Sur la grande plaine qui va des Pays-Bas à l'Allemagne du Nord, le costume s'est fait à l'image du pays : plat, propre, sans esbroufe. La Réforme est passée par là, et avec elle un goût du peu de couleur et de la mise irréprochable. On s'habille net plutôt que riche.

C'est aussi la région d'Europe où le costume populaire a le plus longtemps survécu, non par folklore mais par conservatisme religieux. Dans des villages hollandais comme Volendam, Marken ou Staphorst, on a porté la coiffe et le tablier jusqu'à hier, parfois encore aujourd'hui chez les plus âgés.

Le paradoxe, c'est que ce vêtement de gens discrets est devenu, coiffe pointue et sabots, l'image que le monde entier se fait de « la Hollande ». Un village pris pour un pays.

Cinq fillettes en costume traditionnel de Volendam, coiffes de dentelle claire.
Fillettes en costume de Volendam. Dans les villages protestants des Pays-Bas, le costume s'est porté bien plus longtemps qu'ailleurs.Rijksmuseum · CC0 · Wikimedia Commons

La coiffe, carte d'identité

S'il y a une pièce reine ici, c'est la coiffe de dentelle amidonnée. Blanche, empesée jusqu'à tenir toute seule, elle change de forme d'une région à l'autre : ailée à Volendam, en coquille en Zélande, plaquée sur un casque de métal en Frise.

Cette coiffe classait une femme au premier regard : son village, sa religion, si elle était en fête ou en deuil. En Zélande, un détail de la dentelle ou de l'or dessous suffisait à dire catholique ou protestante. Tout un état civil tenait sur une tête.

L'entretien, lui, était un travail à part entière. Laver, amidonner, repasser, plisser au fer : une coiffe demandait des heures. On ne portait pas ça à la légère, et ça se voyait.

Scène de village en Zélande, 1857 : plusieurs femmes en coiffes de dentelle variées, un homme fumant la pipe.
Un village de Zélande en 1857 : autant de coiffes de dentelle que de paroisses et de statuts. La forme du bonnet situait chaque femme au premier regard.Rijksmuseum · CC0 · Wikimedia Commons

L'or discret sous la dentelle

Sobre ne veut pas dire pauvre. Sous la dentelle, la région cache son or. En Frise, les femmes portaient l'oorijzer, une bande de métal cintrée autour de la tête, en or massif chez les plus riches, dont dépassaient deux boutons brillants aux tempes.

En Zélande, ce sont des spirales d'or, les krullen, et de lourds colliers de corail rouge fermés par une plaque d'or. Le nombre de rangs, la taille de l'or, tout se comptait et tout se lisait. On mettait sa fortune sur la tête et au cou, et rien ailleurs.

C'est une élégance qu'on comprend bien ici : peu de pièces, mais justes, et le précieux réservé à un seul endroit. Le contraire du clinquant réparti partout.

Femme en costume de Zélande : spirales d'or aux tempes, collier de corail rouge, coiffe de dentelle sous chapeau de paille.
Costume de Zélande : spirales d'or aux tempes et collier de corail rouge à fermoir d'or. La fortune de la maison, concentrée sur un seul endroit.Rijksmuseum · CC0 · Wikimedia Commons

Le sabot, pour la terre mouillée

Aux pieds, une seule réponse à un sol gorgé d'eau : le sabot de bois, le klomp. Taillé dans un bloc de peuplier ou de saule encore vert, creusé à la gouge, il isole du froid, ne prend pas l'eau et se remplace pour trois fois rien.

C'était la chaussure de travail par excellence, aux champs comme à l'étable. On en avait une paire de tous les jours, boueuse, et une paire du dimanche, parfois peinte de fleurs ou sculptée pour un mariage.

Rien de pittoresque là-dedans au départ : juste la bonne réponse à un problème de terrain, faite avec le bois d'à côté. Que le sabot soit devenu un souvenir de vacances n'enlève rien à sa logique.

Paire de sabots de bois hollandais (klompen), taillés dans un bloc clair.
Une paire de klompen. Taillés dans un bloc de peuplier, les sabots isolent et ne prennent pas l'eau : la bonne réponse à un sol détrempé.Dominicus Johannes Bergsma · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

La Forêt-Noire et son chapeau à pompons

Toute l'Allemagne n'est pas sobre, heureusement. Dans quelques vallées, le costume a gardé de la couleur, et l'un d'eux est devenu une image de carte postale : le Bollenhut, ce chapeau de paille surmonté de gros pompons de laine.

Il vient d'un tout petit coin, trois villages de la vallée de la Gutach, en Forêt-Noire. Les pompons sont rouges pour les filles à marier, noirs pour les femmes mariées. Onze boules de laine, cousues à la main, qui pèsent leur poids sur la tête.

Autant le dire franchement : ce chapeau que le monde entier prend pour « le costume allemand » n'est porté, à l'origine, que par une poignée de familles. Ce sont les peintres du XIXᵉ siècle, installés à Gutach, qui l'ont rendu célèbre. Un cliché né d'un pinceau.

Bollenhut de la Forêt-Noire : chapeau de paille garni de gros pompons de laine rouge.
Le Bollenhut de la vallée de la Gutach : onze pompons de laine, rouges pour les filles à marier. Un chapeau d'un seul canton pris pour toute l'Allemagne.Tournachon · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Ce qui tient encore

Au sud-est de Berlin, dans les marais du Spreewald, vit un petit peuple slave, les Sorabes, insulaires de langue au milieu de l'Allemagne. Ils ont gardé un costume parmi les plus vivants de la région : jupes superposées, tabliers brodés et une immense coiffe amidonnée nouée en papillon.

On le sort encore pour Pâques, quand les cavaliers en habit noir font le tour des villages, et pour les mariages. Chez les Sorabes comme dans les villages hollandais, le costume ne survit pas au musée mais dans quelques mains qui refusent de lâcher.

C'est peut-être ça, la leçon de cette plaine : un vêtement sobre, bien fait, tenu propre, dure plus longtemps qu'un costume spectaculaire. Il se transmet parce qu'on peut encore le porter.

Femme en costume traditionnel sorabe du Spreewald, grande coiffe amidonnée.
Costume sorabe du Spreewald : les Sorabes, un peuple slave d'Allemagne, gardent l'un des costumes les plus vivants de la région.Dundak · CC BY-SA 2.5 · Wikimedia Commons

Les pièces de la région

Fillettes en costume de Volendam, coiffes de dentelle.
Coiffe

La coiffe de Volendam

La coiffe pointue de dentelle amidonnée du village de Volendam, devenue l'image de « la Hollande » dans le monde entier. À l'origine, le signe d'un seul village de pêcheurs.

Rijksmuseum · CC0 · Wikimedia Commons
Femme en costume de Zélande avec coiffe, or et corail.
Costume

Le costume de Zélande

Coiffe de dentelle sous un chapeau de paille, spirales d'or aux tempes, collier de corail rouge à fermoir d'or. La sobriété du drap, la richesse concentrée sur la tête.

Rijksmuseum · CC0 · Wikimedia Commons
Bollenhut à pompons de laine rouge sur chapeau de paille.
Coiffe

Le Bollenhut

Le chapeau de paille à onze pompons de laine de la vallée de la Gutach, en Forêt-Noire. Rouges pour les filles à marier, noirs pour les mariées. Un emblème local pris pour national.

Tournachon · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Paire de sabots de bois hollandais.
Chaussure

Les sabots (klompen)

Taillés dans un bloc de peuplier ou de saule, les sabots de bois isolent et ne prennent pas l'eau. La chaussure de travail d'un pays de terre mouillée.

Dominicus Johannes Bergsma · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Femme en costume sorabe du Spreewald.
Costume

Le costume sorabe

Des Sorabes du Spreewald, peuple slave d'Allemagne : jupes superposées, tabliers brodés et grande coiffe amidonnée nouée en papillon. Encore porté à Pâques.

Dundak · CC BY-SA 2.5 · Wikimedia Commons
Scène de village en Zélande, 1857, plusieurs femmes en coiffes de dentelle.
Costume

Le village de Zélande

Une scène de 1857 : autant de coiffes que de paroisses, l'homme aux boutons d'argent, la pipe et le chien. Le costume comme théâtre ordinaire du village.

Rijksmuseum · CC0 · Wikimedia Commons