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L'étoile à huit branches, un soleil qui n'a pas fini de tourner
2026-06-12Nils R. Barth · Domaine public · Wikimedia Commons7 min

Symboles · Journal

L'étoile à huit branches, un soleil qui n'a pas fini de tourner

Le même dessin change de ton selon la main qui le fabrique : gant norvégien, broderie ukrainienne, costume balte. C'est dans ces écarts que le motif devient utile.

Une étoile à huit branches paraît facile. Deux croix superposées, huit pointes, un centre tenu. Sur papier, quelques traits suffisent. Dans la maille, tout se complique : une pointe dépend d'un fil passé au bon endroit, d'une tension régulière, parfois d'un pli qui déforme le dessin juste assez pour le rendre vivant.

On la retrouve donc un peu partout, sans qu'elle dise partout la même chose. En Norvège, la rose de Selbu appartient d'abord au tricot : des mitaines, des pulls, des bonnets. Elle vient d'un village précis, Selbu, et d'une histoire devenue presque fondatrice : des gants noirs et blancs portés à l'église au XIXe siècle, puis copiés, adaptés, vendus, transmis.

Paire de mitaines norvégiennes de Selbu à motif d'étoiles en deux couleurs.
Les selbuvotter donnent une lecture très concrète de l'étoile : un motif de main, construit maille par maille, avant de devenir emblème national.Kjersti Lie · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Dans le monde slave, une géométrie proche prend parfois une couleur plus solaire. On parle de roue, de protection, de lumière contre la nuit. Prudence, pourtant : les noms changent selon les sources, et beaucoup de discours récents recollent des mythes très anciens sur des objets plus tardifs. Le motif existe. Son interprétation, elle, demande plus de retenue.

Dans les pays baltes, en Finlande ou dans les Carpates, les étoiles et les rosettes passent dans les ceintures, les mitaines, les bords rouges des chemises. Rien à voir avec une langue secrète commune à toute l'Europe. On est plutôt devant un vocabulaire de textile : facile à bâtir sur une grille, lisible de loin, assez fort pour tenir un col, un poignet, une bordure.

Danseurs estoniens en costumes traditionnels lors d'une fête de chant et de danse.
Dans les pays baltes, la géométrie apparaît portée : jupes rayées, rubans, coiffes, broderies. Le signe isolé raconte moins que le costume entier.Virtual-Pano · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

La grille compte autant que le symbole. Tissage, jacquard, broderie au point compté : ces techniques aiment les angles droits, les diagonales nettes, les formes qui remplissent un carré. L'étoile fonctionne parce qu'elle se fabrique bien. Elle tient dans la main avant de tenir dans le récit.

Rouchnyk ukrainien brodé de motifs rouges et noirs sur toile claire.
Le rouchnyk ukrainien montre la force du point compté : le textile garde une mémoire, mais il ne parle jamais une langue universelle toute prête.Berser25 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

C'est par ce côté concret que Folkovar l'aborde. Sur Skadi, le motif ne se présente pas comme une roue de Perun ni comme un signe slave déguisé. La pièce est nordique ; son emprunt est la rose de Selbu. On peut reconnaître les échos européens sans tout mélanger. Une tradition respire mieux quand elle reste située.

Au fond, ce qui circule d'une région à l'autre, c'est moins un message qu'un geste : poser un petit soleil sur une matière froide, faire tenir de la lumière dans la maille, donner au vêtement autre chose qu'une fonction thermique. Le berger, la danseuse, l'enfant en costume de fête n'ont pas besoin du même récit pour porter une géométrie voisine.

Pull sombre couvert de roses de Selbu blanches répétées en semis.
Quand la rose se répète sur un pull entier, elle cesse d'être un petit signe isolé : elle devient rythme, presque architecture de maille.Nils R. Barth · Domaine public · Wikimedia Commons

L'étoile continue de tourner parce qu'elle accepte cette marge. Assez ancienne pour sembler venir de loin, assez simple pour être refaite par n'importe quelle main, assez nette pour passer du tricot à la broderie. Un bon motif ne ferme pas son origine ; il laisse des traces.