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Skadi, déesse du froid qui marchait avant la lumière
2026-05-04Signed "H. L. M." · Domaine public · Wikimedia Commons6 min

Récits · Journal

Skadi, déesse du froid qui marchait avant la lumière

Le nom de la première cagoule vient d'une figure nordique rude. Ce que le Nord portait vraiment contre le froid, on le lit dans une tombe du XIᵉ siècle.

Skadi n'a rien d'une déesse douce. Dans les récits nordiques, elle arrive avec les skis, les montagnes, la chasse, une forme de froid qui ne demande pas la permission. On la présente souvent comme une géante, fille de Thjazi, venue chez les dieux réclamer réparation après la mort de son père.

L'épisode est étrange, comme souvent dans les mythes du Nord. Les dieux lui offrent une compensation. Elle doit choisir un mari en ne voyant que ses pieds. Elle pense reconnaître Baldr, le beau, et choisit en réalité Njord, lié à la mer. Le mariage tient mal. Lui aime les mouettes et le rivage ; elle préfère les loups dans la montagne.

Illustration de W. G. Collingwood montrant Skadi regardant vers les montagnes.
W. G. Collingwood donne à Skadi une posture de manque : la mer et le mariage ne suffisent pas, le regard repart vers la montagne.W. G. Collingwood · Domaine public · Wikimedia Commons

Les textes ne disent presque rien de ses habits. Ils la montrent à skis, l'arc à la main, et laissent le reste aux illustrateurs. Pour savoir comment on affrontait vraiment le froid dans le Nord de ce temps-là, il faut quitter le mythe et regarder ce que la terre a gardé.

Gravure ancienne montrant Njord et Skadi sur le chemin de Noatun.
Njord et Skadi sur le chemin de Noatun : le mythe tient dans ce déplacement impossible entre rivage et montagne.Friedrich Wilhelm Heine, d'après Friedrich Wilhelm Engelhard · Domaine public · Wikimedia Commons

En 1936, à Skjoldehamn, sur l'île d'Andøya, dans le nord de la Norvège, une tourbière rend une tombe du XIᵉ siècle avec une tenue presque complète, pantalon compris. La pièce la plus frappante est un capuchon : quelques carrés de sergé de laine cousus ensemble, avec une large pèlerine qui retombe en pointe sur la poitrine. C'est l'un des plus anciens exemples de ce chaperon qui couvrira ensuite toute l'Europe médiévale.

Tenue de Skjoldehamn présentée au musée : tunique de laine claire, ceinture et capuchon brun à pèlerine.
La tenue de Skjoldehamn, XIᵉ siècle, présentée au musée. Le capuchon à pèlerine est l'un des plus anciens connus en Europe.Justin Hall · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

À cette époque, on ne tricote pas encore en Scandinavie. Moufles, bonnets et chaussettes se font au nålebinding, une seule aiguille courte qui passe le fil boucle après boucle. Le chaud se construit en couches : une tunique de laine, un capuchon, des mains et des pieds bien couverts. Rien de spectaculaire, juste de la laine bien employée.

Groupe dans une ferme de montagne norvégienne, avec vêtements de travail et paysage de pente.
La montagne nordique comme décor de travail : silhouettes couvertes, pente, matière utile.Fylkesarkivet i Sogn og Fjordane · No restrictions · Wikimedia Commons

Folkovar a donné ce nom à une cagoule, cousine lointaine de ce capuchon : une pièce qui couvre la tête, le cou et le bas du visage sans effacer le regard. Le nom donne seulement une direction : montagne, retenue, netteté, froid ancien.

Gros plan d'une rose de Selbu tricotée en blanc sur fond vert sombre.
La rose de Selbu rattache Skadi au tricot nordique concret. Le nom vient du mythe, le motif vient d'une tradition textile située.Nils R. Barth · Domaine public · Wikimedia Commons

Le motif reste nordique lui aussi. Il vient de la rose de Selbu, étoile à 8 branches tricotée dans le Trøndelag, bien plus que d'une symbolique slave ou d'une roue solaire généralisée. La précision évite le grand mélange. Un récit gagne souvent à savoir d'où il parle.

La cagoule qui porte son nom peut donc rester contemporaine : coton portugais, tricot dans la vallée de l'Ave, précommande, usage quotidien. Elle garde une ligne venue du Nord sans imiter un objet archéologique. C'est le travail exact de Folkovar : ne pas rejouer le passé, mais éviter que l'objet soit vide.