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Nordique-scandinave
N 62°00′ · E 12°00′Fylkesarkivet i Sogn og Fjordane · No restrictions · Wikimedia Commons

Norvège · Suède · Danemark · Islande · Féroé

Nordique-scandinave

Le pays des tricots à deux fils : rose de Selbu, laine brute et bunads sortis pour les grands jours. C'est ici que Folkovar est allé chercher le motif de Skadi.

Nordique-scandinave · Europe

Motifs

  • Rose de Selbu (étoile à 8 branches)
  • Semis « à poux » de Setesdal
  • Empiècement circulaire islandais

Techniques

  • Tricot à deux fils
  • Lopi islandais peu filé
  • Filigrane d'argent (sølje)

Tenir le froid, d'abord

Le Nord n'a jamais eu le luxe de choisir entre chaud et beau. On tricotait pour passer l'hiver, le reste venait après. La réponse locale tient en deux fils : on tricote avec deux couleurs à la fois, en laissant courir le fil au repos derrière l'ouvrage. Ça double l'épaisseur et ça enferme une couche d'air, qui fait le vrai travail contre le froid.

On retrouve ce geste du gant norvégien au pull islandais, avec mille variantes. Le motif n'est pas qu'un décor : partout où passent deux fils, la maille est doublée, donc plus chaude. Alors on charge le dessin là où le corps se découvre, aux poignets, sur le dos de la main, autour du cou. Le joli et l'utile tirent dans le même sens.

La laine, on la garde souvent brute. Peu ou pas teinte, encore un peu grasse de sa lanoline, elle repousse l'eau et sent le mouton. Une matière franche, un fil qui a gardé quelque chose de la bête, loin des fibres lisses et sans odeur qu'on file aujourd'hui à la chaîne.

Paire de mitaines de Selbu à motifs d'étoiles, tricotées en deux couleurs.
Des mitaines de Selbu, tricotées à deux fils. Chaque zone de motif est une double épaisseur : le dessin tient chaud avant de faire joli.Kjersti Lie · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

La rose de Selbu

Tout est parti d'une paire de gants. Vers 1857, à Selbu, un village du Trøndelag, une jeune fille du nom de Marit Emstad arrive à l'église avec des mitaines tricotées en noir et blanc, semées d'une grande étoile à huit branches. L'histoire a sans doute été un peu lissée par le temps, mais le motif, lui, a pris. Le village s'y est mis, puis la région, puis le pays.

On l'appelle la rose de Selbu, la selburose. Une étoile à huit pointes, montée maille par maille sur la grille du tricot, qui grossit ou se resserre selon la place qu'on lui laisse. Facile à décrire, longue à réussir : une maille de travers, et l'étoile boite.

De signe de village, elle est devenue signe de tout un nord. On la retrouve sur les gants, les bonnets, les pulls, jusque sur des logos et des pièces commémoratives. C'est cette étoile-là, pas un décor inventé, que reprend la cagoule Skadi. Un emprunt franc à une tradition bien vivante, tricoté cette fois en coton.

Gros plan d'un tricot à la rose de Selbu : étoile à huit branches blanche sur fond vert foncé.
La rose de Selbu de près : une étoile à huit branches construite maille à maille. Le motif que porte la cagoule Skadi.Nils R. Barth · Domaine public · Wikimedia Commons

Le bunad, sorti pour les grands jours

Montez d'un cran vers le costume habillé et vous tombez sur le bunad. Chaque vallée de Norvège a le sien, avec sa coupe, ses broderies, ses couleurs. À l'œil exercé, un bunad dit d'où l'on vient presque aussi bien qu'un accent.

Méfiez-vous quand même de l'idée d'un costume immuable venu du fond des âges. Le bunad tel qu'on le porte aujourd'hui a été en bonne part reconstruit au début du XXᵉ siècle, à partir de vieux vêtements, de broderies retrouvées et d'un peu d'élan patriotique. Hulda Garborg et Klara Semb ont beaucoup fait pour le remettre sur les épaules des gens.

Ça ne le rend pas faux pour autant. On le sort le 17 mai, jour de la fête nationale, pour les baptêmes et les mariages. On le transmet, on le reprend à sa taille, on l'agrémente de l'argent de famille. Un vêtement qu'on garde toute une vie, souvent plus longtemps qu'une vie. L'exact contraire du jetable.

Bunad du Telemark : chemise blanche à broderies florales rouges, broche d'argent, large ceinture rouge tissée.
Un bunad du Telemark : chemise brodée de rosemaling, plastron d'argent, ceinture tissée. On le sort pour la fête nationale et les grandes occasions.Wolfmann · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

La lopapeysa, plus jeune qu'elle en a l'air

Le gros pull islandais à empiècement circulaire, la lopapeysa, a tout d'un héritage viking. Il n'en est rien. Il apparaît au milieu du XXᵉ siècle, autour des années 1950, quand l'Islande se cherche un vêtement à la fois national et vendable aux visiteurs. L'objet est récent ; la matière, elle, remonte loin.

Car la laine islandaise est à part. Le mouton de l'île, resté isolé mille ans, donne un poil double : un fin duvet chaud dessous, un poil long et déperlant dessus. Filée sans trop la serrer, elle donne le lopi, ce fil un peu lâche, léger et gonflant, qui tient la chaleur sans peser.

L'empiècement en étoiles ou en flocons qui tourne autour des épaules n'est donc qu'à moitié un ornement. Deux fils, deux couleurs, une double épaisseur juste là où le vent frappe. Et souvent, les teintes ne doivent rien à la teinture : ce sont les gris, les bruns et les crèmes du mouton lui-même.

Pull islandais brun à empiècement circulaire clair, la lopapeysa, posé sur une table.
Une lopapeysa dans les teintes naturelles du mouton islandais. L'empiècement à deux fils double l'épaisseur autour des épaules.Freimut Bahlo · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

La Suède et le Danemark en habit de dimanche

Plus au sud, le froid mord moins et le costume respire. En Suède, chaque paroisse ou presque a eu sa folkdräkt : jupe unie ou rayée, corsage lacé, tablier, coiffe. La Dalécarlie, autour de Rättvik et de Leksand, en a gardé les plus vivaces, portés encore à la Saint-Jean quand on danse autour du mât fleuri.

Ces costumes ont bien failli passer à la trappe au XIXᵉ siècle, avant qu'on ne les rassemble et qu'on ne les note, un peu comme les bunads voisins. Le peintre Anders Zorn, enfant du pays, y a mis du sien en habillant ses modèles de Dalécarlie. Sans ce regard-là, la moitié de ces jupes seraient restées au grenier.

Le Danemark, plat et tourné vers la ferme, a laissé des costumes plus sobres : laine sombre, lin, bonnets blancs, une broderie mesurée. Toujours la même logique du Nord agricole. Du solide pour tous les jours, une pièce brodée qu'on ressort pour la fête.

Femmes en costume traditionnel de Dalécarlie dansant en cercle à la Saint-Jean, Rättvik, Suède.
Danse de la Saint-Jean à Rättvik, en Dalécarlie : les folkdräkter suédoises, encore portées pour la fête d'été.Swedish National Heritage Board · Domaine public · Wikimedia Commons

Féroé : la laine pour seul or

Perdues entre l'Écosse et l'Islande, les îles Féroé ont un dicton qui dit tout : la laine est l'or des Féroé. Sur ces cailloux battus par la pluie, où presque rien ne pousse, le mouton fut longtemps la seule richesse et son poil la seule protection.

D'où une tradition de tricot dense, à motifs, cousine de l'islandaise mais avec ses propres dessins et ses carnets de points transmis de main en main. Le pull féroïen a même connu une seconde vie récente, aperçu sur les épaules d'une enquêtrice de série télévisée. Preuve qu'un vêtement de nécessité peut redevenir désirable sans rien renier.

Le costume de fête, lui, joue l'argent sur le drap sombre : corsage lacé de chaînettes, boutons ouvragés, châle sur les épaules. Comme partout dans le Nord, on met le précieux là où il compte, en petite quantité, sur un fond de laine qui doit d'abord tenir chaud.

Trois jeunes filles en costume national féroïen : corsage rouge lacé d'argent, jupe bleue, châle et coiffe.
Le costume national féroïen : corsage sombre lacé de chaînettes d'argent, châle et coiffe, sur fond de maison en bois.Erik Christensen · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Les pièces de la région

Gros plan d'un tricot à la rose de Selbu : étoile à huit branches blanche sur fond vert foncé.
Motif

La rose de Selbu

L'étoile à huit branches née des mitaines de Marit Emstad, devenue l'emblème du tricot norvégien. Montée maille à maille, elle grandit ou se resserre selon la place qu'on lui laisse. C'est elle que reprend la cagoule Skadi.

Nils R. Barth · Domaine public · Wikimedia Commons
Paire de mitaines de Selbu à motifs d'étoiles, tricotées en deux couleurs.
Accessoire

Les gants de Selbu

Selbuvotter : des mitaines à deux fils, noir et blanc à l'origine, où l'étoile couvre le dos de la main. Le geste d'un village qui a lancé toute une tradition.

Kjersti Lie · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Pull tricoté couvert d'étoiles de Selbu blanches sur fond sombre.
Tricot

Le pull à rose de Selbu

La même étoile, montée cette fois sur un pull entier. Répétée en semis, elle couvre le buste d'un maillage dense et chaud.

Nils R. Barth · Domaine public · Wikimedia Commons
Pull islandais brun à empiècement circulaire clair, la lopapeysa.
Tricot

La lopapeysa

Le pull islandais à empiècement circulaire, tricoté en lopi peu filé. Récent (années 1950), mais taillé dans une laine de mouton restée sauvage.

Freimut Bahlo · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Broche sølje en filigrane d'argent, posée sur une chemise brodée de fleurs.
Argent

Le sølje

La broche d'argent du costume nordique, en filigrane, souvent garnie de petites cuvettes qui accrochent la lumière. On la porte au col, et on se la transmet.

Wolfmann · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons
Poignet d'une kofte de Setesdal : maille à deux fils, galon brodé rouge et or, boutons ronds.
Tricot

La kofte de Setesdal

Le tricot noir et blanc de la vallée de Setesdal, la lusekofte ou « veste à poux », pour son semis de petits points. Poignets et col se ferment sur un galon brodé et des boutons d'argent.

Anne-Lise Reinsfelt · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Portrait ancien d'une femme en costume traditionnel suédois de Rättvik.
Costume

La folkdräkt de Dalécarlie

Le costume de paroisse suédois, ici de la région de Rättvik : corsage, tablier, coiffe. Chaque village avait ses couleurs et sa façon de nouer.

Rijksmuseum · CC0 · Wikimedia Commons
Bunad du Telemark : chemise blanche à broderies florales rouges, broche d'argent, ceinture rouge tissée.
Costume

Le bunad de Telemark

Un des bunads norvégiens les plus ornés : chemise brodée de fleurs, plastron d'argent, large ceinture tissée. On le porte le 17 mai et pour les grandes occasions.

Wolfmann · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons