← Le carnet
Sápmi (Sámi)
N 68°00′ · E 22°00′Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Laponie · Nord Scandinavie · Kola

Sápmi (Sámi)

Le grand Nord des éleveurs de rennes : le gákti bordé de rouge, jaune et bleu, l'argent au col et la broderie d'étain, portés là où l'État a longtemps voulu les faire taire.

Sápmi (Sámi) · Europe

Motifs

  • Bandes rouge, jaune et bleu
  • Étoiles tissées des galons
  • Spirales de broderie d'étain

Techniques

  • Peau et tendon de renne
  • Broderie d'étain (tinntrådbroderi)
  • Argent (risku)

Un peuple, quatre États

Le Sápmi ne figure sur aucune carte politique. C'est le pays des Sámi, seul peuple autochtone reconnu de l'Union européenne, et il s'étend sur le haut de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et jusqu'à la péninsule de Kola, en Russie. Quatre États, une langue en plusieurs variantes, et un vêtement qui ignore les frontières tracées par d'autres.

Ce vêtement, c'est le gákti. Une tunique de laine, bleue le plus souvent, bordée de rouge, de jaune et de vert. Mais il n'y a pas un gákti, il y en a autant que de vallées. La coupe, les couleurs, la largeur des bandes changent d'une région à l'autre, parfois d'une famille à l'autre. Qui sait lire y voit d'où vous venez, et parfois si vous êtes marié.

Longtemps, l'État a cherché à faire disparaître tout ça : école dans la langue dominante, mépris pour l'élevage nomade. Que le gákti se porte encore, et fièrement, tient un peu de la revanche.

Famille sami en gákti, Finlande, 1936.
Une famille sami en gákti (Finlande, 1936). La tunique bordée de couleurs se porte du haut de la Norvège à la péninsule de Kola.1936 Kortcentralen Helsingfors · Domaine public · Wikimedia Commons

Le gákti et ses bandes

Regardez de près le col, les poignets, le bas d'un gákti : c'est là que tout se joue. Des bandes de drap de couleur, souvent posées à plat puis rebrodées d'un galon tissé, encerclent le corps aux endroits où il s'ouvre. Le fond reste uni, l'ornement se concentre en frises nettes.

Les combinaisons de couleurs ne sont pas libres. Elles renvoient à une aire précise, parfois à un statut. Le rouge domine ici, le bleu là, et un œil du pays reconnaît un gákti de Kautokeino d'un gákti de Karasjok comme on reconnaît deux accents.

Autour de la taille, une ceinture tissée ou cloutée d'étain tient l'ensemble et porte le couteau. Rien de gratuit : chaque pièce a un usage avant d'avoir un sens.

Col rouge d'un gákti féminin orné de perles et de pompons de laine, avec ceinture cloutée.
Le col d'un gákti féminin : bandes de drap rouge, rangs de perles et pompons de laine, là où le vêtement s'ouvre.Thorguds · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Le renne, tout vient de lui

Difficile de parler du vêtement sami sans parler du renne, car pendant des siècles il a presque tout donné. La peau pour les manteaux d'hiver, la beaska, portée poil dehors contre le blizzard. Le tendon, séché puis fendu, pour coudre. La peau des pattes, dure et lisse, pour les chaussures.

Ces chaussures, à la pointe recourbée, ne se portaient pas avec des chaussettes mais bourrées d'une herbe des marais, le sennegras, qu'on battait pour l'assouplir. L'herbe boit la sueur, on la sort le soir, on la fait sécher, et elle tient les pieds au chaud mieux qu'une laine mouillée.

Rien ne se perdait. Un animal habillait, chaussait, nourrissait et déplaçait une famille. Le vêtement sami est né de cette économie-là, où l'on tire le maximum d'une seule ressource, sans réserve.

Éleveur sami en gákti bleu et bonnet aux quatre vents, tenant un renne dans un enclos de montagne.
Un aîné en gákti et bonnet aux quatre vents, son renne à la bride. La bête a longtemps fourni peau, tendon et cuir de chaussure.JensANDMarian (Wikivoyage) · CC BY-SA 1.0 · Wikimedia Commons

L'argent et l'étain

Sur ce fond de laine et de peau, deux métaux mettent la lumière. L'argent d'abord, en larges broches et en colliers. Le risku, disque d'argent ajouré, se porte à la gorge ; il dit la richesse d'une famille, sert de dot et passe pour éloigner le mauvais œil.

L'étain ensuite, filé. On étire le métal en un fil très fin qu'on enroule sur un brin de tendon, puis qu'on brode en spirales serrées sur le cuir et le drap. Cette broderie d'étain, le tinntrådbroderi, couvre les sacs, les cols et les bracelets d'une résille grise qui brille sans crier.

Deux façons d'être précieux : l'argent qu'on affiche, l'étain qu'on coud. L'un et l'autre demandent une patience que le vêtement de tous les jours, lui, ne réclamait pas.

Petit sac de cuir couvert de broderie d'étain sami en spirales serrées.
Broderie d'étain (tinntrådbroderi) sur un sac de cuir : un fil de métal enroulé sur du tendon, brodé en spirales.Norsk Folkemuseum · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Le bonnet dit d'où l'on vient

Comme le reste, la coiffe se lit. Le plus spectaculaire est le bonnet dit « aux quatre vents » des hommes du Finnmark : quatre pointes de drap bleu montées sur une bande rouge, autrefois rembourrées de duvet. On raconte que les pointes se dressaient selon le vent. C'est joli à dire, sans doute un peu arrangé.

Les femmes ont leurs propres bonnets, rouges le plus souvent, brodés et rubanés, dont la forme change de région en région. Là encore, la coiffe classe : elle situe une personne sur la carte du Sápmi avant même qu'elle ait parlé.

Ces couvre-chefs ont failli devenir des déguisements, vendus aux touristes en versions fausses. Le vrai bonnet, lui, reste un marqueur sérieux, qu'on ne met pas à la légère.

Bonnet sami « aux quatre vents » en drap bleu, bande rouge et galon tissé, posé sur un bonnet rouge féminin.
Le bonnet « aux quatre vents » masculin (en haut) et un bonnet féminin rubané (en dessous). La coiffe situe son porteur sur la carte du Sápmi.Auteur inconnu · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Un artisanat vivant, pas un costume de musée

Tout cela porte un nom : le duodji, l'artisanat sami. Pas un folklore figé mais un savoir-faire qui se transmet, se vend et se protège aujourd'hui par une marque d'authenticité, tant les imitations abondent.

Le gákti se porte encore. On le sort le 6 février, journée nationale sami, pour les mariages, les confirmations, les grands rassemblements. Beaucoup de jeunes le remettent au goût du jour et en font un signe de fierté plutôt qu'un souvenir.

Une chose mérite d'être dite franchement : un gákti n'est pas un costume que n'importe qui enfile pour une soirée. C'est un marqueur d'appartenance, avec ses codes et ses limites. On peut l'admirer sans se l'approprier, et c'est très bien ainsi.

Groupe de femmes et d'enfants sami en gákti, photographie de 1880, Suède.
Femmes et enfants sami en gákti (Suède, 1880). Un vêtement transmis, encore porté aujourd'hui comme signe d'appartenance.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Les pièces de la région

Femmes et enfants sami en gákti, 1880.
Costume

Le gákti

La tunique de laine du peuple sami, bleue et bordée de rouge, jaune et vert. Sa coupe et ses couleurs changent de vallée en vallée, comme une carte portée sur soi.

Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons
Bonnet sami « aux quatre vents » en drap bleu, bande rouge et galon tissé.
Coiffe

Le bonnet aux quatre vents

Le bonnet masculin du Finnmark : quatre pointes de drap bleu sur une bande rouge, ceint d'un galon tissé. Une coiffe qui situe son porteur sur la carte du Sápmi.

Auteur inconnu · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
Col rouge d'un gákti féminin orné de perles et de pompons de laine.
Parure

La parure perlée

Sur le col rouge du gákti féminin, des rangs de perles et des pompons de laine tombent en cascade. L'ornement se concentre là où le vêtement s'ouvre.

Thorguds · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Collier d'argent d'un costume féminin sami.
Argent

Le collier d'argent

Le risku et les colliers d'argent, portés à la gorge. Ils disent la richesse d'une famille, servent de dot et passent pour éloigner le mauvais sort.

Thorguds · Domaine public · Wikimedia Commons
Sac de cuir couvert de broderie d'étain sami en spirales.
Broderie

La broderie d'étain

Le tinntrådbroderi : un fil d'étain étiré, enroulé sur du tendon, brodé en spirales serrées sur le cuir. Une résille grise qui brille sans crier.

Norsk Folkemuseum · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Col masculin sami brodé de fil de métal, Åsele, Suède, vers 1920.
Broderie

Le col brodé de métal

Un col d'homme brodé de fil métallique, région d'Åsele en Suède, vers 1920. Le métal file la lumière sur le drap sombre.

Thorguds · Domaine public · Wikimedia Commons
Éleveur sami en gákti tenant un renne par la bride, dans un enclos de montagne.
Matière

Le renne

Peau, tendon, cuir des pattes : le renne a longtemps tout donné. Manteau, chaussures et fil à coudre venaient du troupeau et du froid.

JensANDMarian (Wikivoyage) · CC BY-SA 1.0 · Wikimedia Commons