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Slave oriental
N 52°00′ · E 32°00′Mykola Swarnyk · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Russie européenne · Ukraine · Biélorussie

Slave oriental

Russie, Ukraine, Biélorussie : la chemise brodée comme une écriture, le linge de mémoire, la couronne de fleurs et l'or du kokochnik. Une broderie qui n'est jamais morte.

Slave oriental · Europe

Motifs

  • Broderie de la vyshyvanka
  • Signes solaires et losanges
  • Arbre de vie du rouchnyk

Techniques

  • Broderie au point compté
  • Sarafan et kokochnik
  • Lin blanc tissé

La chemise qui parle

Chez les Slaves de l'Est, tout part d'une chemise de lin blanc, la vyshyvanka. Sur ce fond clair, la broderie se concentre là où le corps s'ouvre : le col, les poignets, le bas des manches, l'ourlet. Ces endroits passaient pour des points faibles, ceux par où le mal pouvait entrer. La broderie faisait barrière.

Les couleurs et les motifs se lisent comme une carte. Le rouge appelle la vie et l'amour, le noir dit la terre et le deuil. En Podolie, on brode du géométrique rouge et noir ; en Poltavie, du blanc sur blanc, presque invisible ; ailleurs, on ajoute des perles. À l'origine, une Ukrainienne savait dire d'un regard d'où venait une chemise.

Chaque point compté, posé fil à fil sur la trame, portait un signe : le soleil, l'étoile, le losange de fertilité, l'arbre de vie. Une chemise brodée, c'était un vœu porté sur soi, pas un simple ornement.

Chemises brodées ukrainiennes (vyshyvanky) en lin, à broderie géométrique rouge aux épaules et aux manches.
Des vyshyvanky de lin. La broderie se concentre au col, aux épaules et aux poignets, là où le corps s'ouvre : elle protège avant de décorer.Riwnodennyk · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Le linge de mémoire

À côté de la chemise, il y a un autre tissu sacré : le rouchnyk, ce long linge brodé qui n'a rien d'une serviette ordinaire. Il accompagne toute une vie. On y présente le pain et le sel à l'invité, on fait tenir dessus les mariés pendant la cérémonie, on en drape les icônes, on en couvre le cercueil.

Sa broderie, souvent rouge sur blanc, déroule des arbres de vie, des oiseaux affrontés, des étoiles. Chaque signe a un sens transmis de mère en fille. Le rouchnyk ne décore pas la maison : il relie les vivants aux ancêtres, comme un fil rouge tendu à travers les générations.

En Biélorussie, ce même langage rouge et blanc, tout en losanges et en croix, est devenu à ce point une signature qu'on l'a mis sur le drapeau national. Un ornement de lin promu emblème de tout un peuple.

Rouchnyk brodé rouge sur blanc : arbre de vie, oiseaux affrontés et frises géométriques.
Un rouchnyk brodé rouge sur blanc, arbre de vie au centre. Ce linge relie les vivants aux ancêtres, des naissances aux funérailles.Berser25 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Le vinok et le corail

Sur la tête d'une jeune fille à marier, en Ukraine, s'épanouit le vinok : une couronne de fleurs d'où pendent de longs rubans colorés dans le dos. Chaque couleur de ruban a son sens, et la couronne elle-même disait que celle qui la portait était libre. Une fois mariée, on couvrait ses cheveux.

Autour du cou s'accumulent les rangs de namysto, ces colliers de perles de corail rouge. Comme partout ou presque dans ce carnet, l'or et le corail n'étaient pas qu'une parure : ils disaient la richesse de la famille et passaient pour garder la santé de celle qui les portait.

L'ensemble, chemise brodée, couronne de fleurs et corail, forme une des images les plus reconnaissables d'Europe. Et une des plus vivantes, comme on va le voir.

Jeune Ukrainienne en vyshyvanka, couronne de fleurs (vinok) à rubans et rangs de corail rouge.
Le vinok, couronne de fleurs des filles à marier, et les rangs de corail rouge. Une des images les plus reconnaissables d'Europe.Mykola Swarnyk · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Le sarafan et le kokochnik

Passez du côté russe, et la silhouette change. La femme porte le sarafan, une robe-chasuble ample sans manches, enfilée par-dessus la chemise de lin. Chez les paysannes, il était de toile simple ; chez les marchandes et les riches, de brocart lourd tissé d'or et de fleurs.

Au-dessus, la pièce reine : le kokochnik. Cette haute coiffe en éventail ou en croissant, montée sur carton et couverte de perles, de fils d'or et parfois de perles d'eau douce, coiffait les femmes mariées. Plus la maison était riche, plus le kokochnik montait haut et brillait.

C'est un faste qui vient de loin, de la Russie des boyards et des tsars, et qui a fasciné toute l'Europe. Les cours et les bals s'en sont emparés, jusqu'aux couturiers du XXᵉ siècle. Peu de coiffes populaires ont connu pareille carrière.

Costume de fête russe : sarafan de brocart fleuri, chemise à manchettes de dentelle, haut kokochnik et voile.
Costume de fête russe (Perm, XIXᵉ s.) : sarafan de brocart, haut kokochnik perlé et voile de gaze. Le faste de la Russie des boyards.Лапоть · CC0 · Wikimedia Commons

Le châle à fleurs

Il y a une pièce russe que tout le monde connaît sans toujours la nommer : le grand châle de laine à fleurs, celui de Pavlovo Posad, une ville près de Moscou. Sur un fond noir, rouge ou crème, s'épanouissent d'énormes bouquets de roses imprimés, cernés de guirlandes.

Né au XIXᵉ siècle, il n'a jamais cessé d'être fabriqué ni porté. La paysanne comme la citadine s'en couvrait la tête et les épaules, l'hiver, et le porte encore. C'est l'exemple d'un accessoire traditionnel qui a traversé les régimes et les modes sans jamais devenir une pièce de musée.

Chaud, solide, transmissible, décoré sans être criard : ce châle coche à peu près toutes les cases de ce qu'on aime. Un objet de tous les jours qu'on garde des décennies et qu'on passe à sa fille.

Châle russe de Pavlovo Posad : grandes roses imprimées sur fond sombre, bordé de franges.
Le châle de Pavlovo Posad, près de Moscou : de grandes roses imprimées sur laine. Jamais cessé d'être fait ni porté depuis le XIXᵉ siècle.BrownieBrown · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Une broderie qui ne meurt pas

De tout ce carnet, la vyshyvanka est peut-être la tradition la plus vivante. Loin d'être reléguée aux fêtes folkloriques, la chemise brodée se porte aujourd'hui au bureau, dans la rue, sur les réseaux. L'Ukraine lui consacre même un jour, le Jour de la vyshyvanka, où l'on vient travailler en chemise brodée.

Depuis les épreuves récentes du pays, ce vêtement a pris une charge nouvelle. Porter sa vyshyvanka, c'est afficher qui l'on est, revendiquer une culture qu'on a cherché à effacer. La broderie de grand-mère est devenue un drapeau qu'on met sur le dos.

Il y a là une leçon qui dépasse l'Ukraine. Un vêtement traditionnel ne survit pas parce qu'on l'enferme dans une vitrine, mais parce que des gens continuent de le porter, de le coudre et de lui donner un sens neuf. C'est tout ce qu'on souhaite, à notre échelle, aux pièces qu'on fabrique.

Femme en chemise brodée légère, en plein air, dans un cadre du quotidien.
La chemise brodée se porte encore, au quotidien et non plus seulement aux fêtes. Une tradition vivante, pas une pièce de musée.Vyacheslav Argenberg · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Les pièces de la région

Chemises brodées ukrainiennes en lin, broderie géométrique rouge.
Broderie

La vyshyvanka

La chemise de lin brodée au point compté, au col, aux épaules et aux poignets. Ses couleurs et ses signes disaient la région et portaient des vœux de protection.

Riwnodennyk · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Jeune Ukrainienne portant un vinok, couronne de fleurs à rubans.
Coiffe

Le vinok

La couronne de fleurs des filles à marier, d'où pendent de longs rubans colorés. Chaque couleur avait son sens ; la couronne disait que celle qui la portait était libre.

Mykola Swarnyk · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Rouchnyk brodé rouge sur blanc, arbre de vie.
Symbole

Le rouchnyk

Le long linge brodé rouge sur blanc, présent aux naissances, mariages et deuils. Arbre de vie et oiseaux affrontés : il relie les vivants aux ancêtres.

Berser25 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Sarafan de fête russe en brocart, avec kokochnik.
Costume

Le sarafan russe

La robe-chasuble sans manches, enfilée sur la chemise de lin. De toile chez la paysanne, de brocart tissé d'or chez la marchande et les jours de fête.

Лапоть · CC0 · Wikimedia Commons
Kokochnik russe brodé de perles et de fils d'or.
Coiffe

Le kokochnik

La haute coiffe russe en éventail, montée sur carton et couverte de perles et de fils d'or. Portée par les femmes mariées, elle a fasciné jusqu'aux cours d'Europe.

Лапоть · CC0 · Wikimedia Commons
Châle de Pavlovo Posad à roses imprimées sur fond sombre.
Châle

Le châle de Pavlovo Posad

Le grand châle de laine à grosses roses imprimées, près de Moscou. Jamais cessé d'être fabriqué ni porté depuis le XIXᵉ siècle, de la paysanne à la citadine.

BrownieBrown · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Femme en chemise brodée légère, en plein air.
Costume

La vyshyvanka d'aujourd'hui

La chemise brodée n'a pas quitté le quotidien : on la porte au travail et dans la rue, et l'Ukraine lui consacre un jour. Une tradition devenue signe d'identité.

Vyacheslav Argenberg · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons